La maltraitance des personnes âgées à domicile est souvent invisible, précisément parce qu’elle se déroule entre quatre murs.
Auxiliaires de vie, coordinateurs de SAAD, aidants familiaux : vous êtes fréquemment les premiers, parfois les seuls, à pouvoir détecter qu’une situation dérape.
Savoir reconnaître les bons signaux d’alerte n’est pas une compétence réservée aux professionnels de santé. C’est une vigilance que chacun peut exercer, à condition de savoir quoi observer.
Qu'entend-on par maltraitance à domicile ?
💡 À retenir : La négligence (passive ou active) est une forme de maltraitance à part entière. Un oubli de médicament répété, un repas sauté, une personne laissée sans surveillance prolongée : ces situations doivent être prises au sérieux.
Quels sont les signaux d'alerte à repérer ?
Le domicile présente des spécificités que l’on ne retrouve pas en établissement : accès restreint, isolement de la personne, intervenant souvent seul. Les signaux doivent donc être observés avec une attention renforcée, dans les moments du quotidien.
Signaux physiques
- Ecchymoses, plaies ou fractures inexpliquées, notamment aux poignets, chevilles, bras ou dos
- Lésions en différents stades de cicatrisation (ce qui peut indiquer des épisodes répétés)
- Perte de poids soudaine ou signes de déshydratation sans explication médicale
- Douleurs lors des soins ou réticence inhabituelle à être touché(e)
- Mauvaise hygiène persistante : cheveux non lavés, linge souillé, ongles non entretenus, surtout si la personne avait l’habitude d’y veiller.
Signaux comportementaux et psychologiques
- Repli sur soi, tristesse inhabituelle, silence lors de vos visites
- Anxiété ou peur en présence d’une personne précise (aidant, voisin, proche)
- Confusion accrue ou agressivité qui ne correspond pas à son état habituel
- Insomnie, perte d’appétit, sentiment d’inutilité exprimé de façon récurrente
- La personne évite votre regard ou refuse de répondre à vos questions en présence d’un tiers
Signaux financiers
- Factures impayées alors que les revenus semblent suffisants
- Retraits bancaires inhabituels ou changements de comportement vis-à-vis de l’argent
- Disparition d’objets de valeur (bijoux, appareils électroniques)
- Signature de documents sans que la personne en comprenne le contenu
- La personne déclare manquer d’argent pour ses besoins essentiels (médicaments, alimentation)
Signaux liés à l'isolement et aux droits civiques
👀 Les signaux à surveiller :
- Restriction des sorties ou des contacts avec des proches ou des amis
- Courriers et appels interceptés ou filtrés par un tiers
- Décisions prises à sa place sans son consentement, sur des sujets qui la concernent directement
- Participation aux activités sociales abandonnée sans raison apparente
Comment réagir face à un signal d'alerte : les étapes concrètes
Repérer un signal d’alerte ne signifie pas accuser. Cela signifie prendre ses responsabilités professionnelles en mains, avec méthode.
Étape 1 — Observer et documenter
Notez par écrit ce que vous avez vu ou entendu : date, heure, nature exacte des faits. Décrivez sans interpréter. Ces éléments seront précieux si vous devez alerter un professionnel ou les autorités.
Étape 2 — Créer un espace de confiance avec la personn
Si la situation le permet, échangez avec elle. Posez des questions ouvertes, sans pression. Une personne maltraitée peut avoir honte, peur ou se sentir redevable envers son maltraitant. Ne banalisez pas ce qu’elle vous dit.
Étape 3 — En parler à votre référent ou coordinateur
Ne restez pas seul·e face à une situation complexe. Alertez votre responsable de secteur ou le coordinateur du SAAD. Une procédure interne de signalement doit exister dans votre structure. C’est d’ailleurs un attendu du référentiel qualité HAS.
Étape 4 — Signaler les cas graves
Si la sécurité de la personne est menacée, contactez le 3133, le numéro national dédié au signalement des maltraitances envers les adultes vulnérables (personnes âgées et en situation de handicap). Ce service est disponible du lundi au vendredi, de 9h à 19h (appel gratuit). Des professionnels formés vous guideront sur la marche à suivre.
Envie d’approfondir le sujet ? Regardez notre entretien avec Delphine Dupré-Lévêque, docteure en anthropologie et spécialiste des questions liées au vieillissement et apprenez à définir ce qu’est la maltraitance et comment la repérer.
⚠️ Avertissement : En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU), le 17 (Police) ou le 18 (Pompiers). Le signalement au 3133 ne remplace pas l’appel d’urgence.
Directeurs et chefs de secteur de SAAD : comment structurer la vigilance de vos équipes ?
Voici 5 leviers concrets à mettre en place :
- Former vos auxiliaires de vie à reconnaître les différentes formes de maltraitance et à réagir sans se substituer aux autorités. Notre parcours vidéos est fait pour ça.
- Instaurer un temps de debriefing régulier (en réunion d’équipe ou en supervision) pour que les professionnels puissent partager leurs observations sans crainte de jugemen
- Disposer d’une procédure interne de signalement claire, affichée et connue de tous : qui alerter, comment documenter, quand appeler le 3133. C’est un attendu du référentiel qualité HAS.
- Encourager la culture de la bientraitance au quotidien : écouter, respecter l’autonomie, adapter les soins, autant de pratiques qui créent la confiance et facilitent la parole
- Ne pas laisser les professionnel(le)s isolé(e)s face à des situations difficiles : un soutien psychologique ou un groupe d’analyse des pratiques professionnels peut être proposé après un signalement ou en continu.
Questions fréquentes : quels sont les signes à surveiller pour repérer une situation de maltraitance à domicile ?
Quels sont les premiers signaux d'une maltraitance à surveiller à domicile ?
Les premiers signaux sont souvent comportementaux : repli sur soi, anxiété inhabituelle, peur en présence d’une personne précise. Les signes physiques (ecchymoses, perte de poids) et financiers (factures impayées, retraits inexpliqués) doivent également alerter. Un seul signal isolé n’est pas suffisant pour conclure, mais il mérite d’être consigné et partagé avec un référent.
Que faire si je soupçonne une maltraitance mais que je n'en suis pas certain(e) ?
Vous n’avez pas besoin d’une certitude pour agir. Documentez vos observations, parlez-en à votre coordinateur et, si nécessaire, contactez le 3133 pour obtenir un conseil professionnel. Les écoutants de ce service sont formés à vous guider, même dans le doute.
Un aidant familial épuisé peut-il devenir maltraitant sans le vouloir ?
Oui. L’épuisement de l’aidant est l’un des facteurs de risque les plus fréquents de la maltraitance non intentionnelle à domicile. C’est pourquoi il est important de ne pas stigmatiser, mais d’orienter vers des solutions de répit (accueil de jour, relais à domicile) et d’accompagnement.
La maltraitance à domicile concerne-t-elle uniquement les personnes très dépendantes ?
Non. Des personnes avec un niveau d’autonomie préservé peuvent aussi être victimes de maltraitance, notamment financière ou psychologique. La vulnérabilité ne se résume pas à la perte d’autonomie physique.
Pour aller plus loin ...
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Un parcours complet, réalisé par une experte de la bientraitance pour que vos équipes soient capables de :
- Comprendre ce qu’est la maltraitance et quels en sont les enjeux, notamment pour les personnes âgées à domicile.
- Repérer les différents types de maltraitance
- Savoir identifier les signaux d’alerte face à un cas de maltraitance pour agir avant qu’il ne soit trop tard.
- Connaître les postures et comportements à adapter pour accompagner avec bientraitance les personnes âgées à domicile.
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