Attendre parfois plusieurs heures entre deux interventions, sans endroit où se reposer, déjeuner dans sa voiture ou dans un parc, ne pas avoir d’accès à des toilettes propres : tel est le quotidien des auxiliaires de vie.
Face à ce constat, nous avons créé un Espace Repos au cœur du 20ᵉ arrondissement de Paris.
Dans cet échange avec Jean-Christophe AMARANTINIS, président du SYNERPA, Charlotte WERLER, fondatrice de VOCATION AUXILIAIRE revient sur l’origine du projet, les difficultés rencontrées pour le faire émerger, son fonctionnement concret et ses ambitions pour l’avenir.
L’Espace Repos est une initiative simple qui répond à un besoin largement sous-estimé dans le secteur de l’aide à domicile.
Découvrez le contenu de l'interview ci-dessous
Jean-Christophe AMARANTINIS :
« Bonjour Charlotte. Merci de nous faire l’honneur d’être avec nous aujourd’hui.
J’ai appris il y a très peu de temps que tu avais lancé une initiative tout à fait originale dans le champ du domicile. On m’a expliqué que tu avais créé une maison de répit pour les salariés qui interviennent dans le champ du domicile.
Et nous, ça nous interpelle, ça nous intéresse parce que tu sais que dans ce secteur-là, il y a énormément de difficultés à recruter, à être attractif et surtout à fidéliser.
Lorsqu’on a des promoteurs comme toi qui trouvent des idées originales et innovantes pour rendre le quotidien des acteurs du champ du domicile plus facile, on bondit tout de suite sur ces projets.
On voudrait savoir d’une part ce qui t’a amenée à créer ce projet et ensuite comment fonctionne ton projet. »
Charlotte WERLER :
« Effectivement, le projet est vraiment dédié à la fidélisation et à l’amélioration des conditions de vie et de travail des auxiliaires de vie.
Ça fait 3 ans que j’œuvre autour de cette thématique et je me suis rendu compte qu’il y avait un problème majeur : les auxiliaires de vie n’ont pas des plannings forcément complets.
Il y a énormément de pauses, de trous dans les plannings et souvent elles n’habitent pas à côté du lieu où elles travaillent.
Ça veut dire qu’elles vont venir travailler, avoir une ou deux heures chez une personne âgée, puis peut-être une pause de 3 heures, rebelote pour 2 heures, puis une nouvelle pause de 3 heures.
Et ça, c’est vraiment difficile pour une auxiliaire de vie.
L’idée de départ, c’était donc de trouver un lieu accessible pour qu’elle puisse se poser tout simplement, accéder à un micro-ondes, accéder à des toilettes, accéder à un canapé, charger leur téléphone et ne pas avoir à traîner dans un bar ou dans un café, ce qui est malheureusement arrivé régulièrement.
Ce n’est pas une surprise, ce n’est pas un secret, mais il n’y a pas forcément d’endroits dédiés.
Il s’avère que dans mon parcours entrepreneurial, j’ai été incubée à la mairie du 20e arrondissement à Paris, à la « Résidence de l’accessibilité ».
Ce lieu réunit de nombreuses structures et associations sur le thème de l’accessibilité, du handicap et du bien vieillir.
La mairie du 20ème nous met à disposition une grande salle équipée d’un micro-ondes, de canapés et d’une grande table pour déjeuner.
Je me suis dit : cette salle est géniale pour nous, les entrepreneurs et les responsables d’association, mais pourquoi ne l’ouvrirait-on pas aux auxiliaires de vie puisque c’est mon thème et ce à quoi je consacre toute mon énergie ?
J’ai donc contacté le maire, le cabinet du maire et la mairie de Paris en central. J’ai dû un peu remuer ciel et terre pour faire valoir mon projet.
C’était très long. Je ne vais pas mentir : je n’ai pas ouvert ça en deux temps trois mouvements. Cela a pris peut-être six mois pour convaincre toutes les parties prenantes, montrer l’utilité du projet et faire en sorte qu’il existe.
Cet espace est ouvert depuis janvier 2026 à la mairie du 20ème arrondissement.
Il est ouvert à toutes les auxiliaires de vie, qu’elles soient en prestataire, en mandataire ou en CESU.
Pour le moment, il est ouvert de midi à 17h. Nous élargirons les horaires en fonction des usages.
Questions / Réponses
Jean-Christophe AMARANTINIS :
Et tu as combien de personnes au quotidien qui fréquentent ton centre ?
Charlotte WERLER :
Au quotidien, c’est un peu difficile à dire.
On va plutôt raisonner à la semaine : il y a à peu près une quinzaine de personnes qui viennent chaque semaine.
Donc voilà, environ 15 personnes.
Jean-Christophe AMARANTINIS :
Ce sont les services d’aide à domicile qui financent l’adhésion et la cotisation auprès de ton organisme ? Tu as combien de services qui cotisent ?
Charlotte WERLER :
Pour l’instant, nous avons cinq services d’aide à domicile qui cotisent.
Il faut savoir que nous avons une association : Vocation Auxiliaire l’Association.
Les agences et services d’aide à domicile cotisent entre 30 et 50 € par mois pour avoir un accès illimité à cet espace pour l’ensemble de leurs salariés.
Et je ne vous ai pas dit non plus qu’il y a du café et du thé en libre-service.
L’objectif est de créer un espace convivial.
Il est à la disposition des auxiliaires de vie. Elles sont là comme chez elles.
D’ailleurs, pour créer cet espace, je n’ai pas eu l’idée toute seule.
Je me suis beaucoup inspirée d’un endroit qui s’appelle Le CALM à Boulogne-Billancourt.
« CALM », c’est pour « Comme À La Maison ».
C’est un espace dédié aux auxiliaires de vie, aux salariés et aux personnes ayant des horaires coupés.
Jean-Christophe AMARANTINIS :
Un dernier mot ?
Charlotte WERLER :
Venez si vous êtes à Paris ou si vous avez des auxiliaires de vie qui œuvrent dans les arrondissements alentours du 20e, du 19e, du 12e, ou même un peu plus loin.
Rendez-vous sur le site Vocation Auxiliaire : il y a un espace qui explique le projet.
Il y a même une vidéo pour vous faire visiter virtuellement l’espace.
Faites profiter vos auxiliaires de vie de cet espace parce que franchement, c’est extrêmement utile.
Elles sont hyper satisfaites.
Et dernière chose que je ne vous ai pas dite : avec l’argent versé par les SAAD, nous créons également des ateliers pour les auxiliaires de vie.
Par exemple :
- un atelier bien-être ;
- un atelier avec une socio-esthéticienne ;
- un atelier cuisine.
L’idée n’est pas seulement d’avoir un espace physique, c’est aussi de créer de l’émulation.
Il y a donc régulièrement des ateliers pour les auxiliaires afin d’améliorer leur qualité de vie tout simplement.
Jean-Chistophe AMARANTINIS :
Bravo pour cette initiative. On espère que tu pourras la développer et en ouvrir beaucoup sur Paris et partout en France, parce que l’ensemble des territoires a besoin de centres de répit pour ces personnes qui interviennent à domicile.
Charlotte WERLER :
Avec plaisir. Et si certaines personnes veulent reproduire cela sur leur territoire, qu’elles me contactent et je serai ravie de leur expliquer la marche à suivre.
Pour soutenir l’Espace Repos et notre association dédiée, c’est ici !
Les dons aux associations sont déductibles des impôts à hauteur de 60%.