La personne âgée que vous accompagnez repousse son assiette, encore une fois. Le refus alimentaire chez la personne âgée est une situation que rencontrent régulièrement les auxiliaires de vie et les aidants familiaux.
Inquiétant, parfois difficile à comprendre, ce comportement n’est jamais anodin : il peut signaler une douleur, un état dépressif, un trouble de la déglutition… ou simplement l’expression d’un choix.
Avant d’agir, il est indispensable de comprendre : le refus est-il volontaire ou involontaire ?
Les réponses à apporter sont très différentes.
Cet article vous guide pas à pas pour observer, analyser et réagir de manière adaptée.
Refus alimentaire chez la personne âgée : de quoi parle-t-on ?
- Détourner la tête ou repousser l’assiette
- Garder la nourriture en bouche sans avaler
- Cracher les aliments
- Refuser d’ouvrir la bouche
- Manger des quantités infimes, insuffisantes pour couvrir les besoins nutritionnels
Quelles sont les causes d'un refus alimentaire ?
Comprendre l’origine du refus alimentaire est la première étape, la plus décisive. Elle conditionne toute la stratégie d’accompagnement.
Causes physiologiques
Le corps lui-même peut rendre le repas difficile, voire douloureux :
- Douleurs dentaires ou bucales : caries, aphtes, mycoses buccales, prothèses mal ajustées qui rendent la mastication pénible
- Troubles de la déglutition (dysphagie) : difficultés à avaler, peur de s’étouffer, sensation de blocage dans la gorge
- Effets secondaires des médicaments : nausées, sécheresse buccale, perte de goût ou d’odorat
- Constipation chronique : la sensation de pesanteur coupe l’appétit
- Diminution de la sensation de faim avec l’âge : les personnes âgées ont souvent des besoins caloriques perçus comme inférieurs à la réalité.
Causes psychologiques et émotionnelles
La santé mentale joue un rôle souvent sous-estimé dans le rapport à l’alimentation :
- Syndrome dépressif : perte d’intérêt pour la nourriture, pour les activités du quotidien, pour la vie en général
- Syndrome de glissement : repli sur soi profond, perte d’envie de vivre, qui peut se manifester d’abord par un refus alimentaire
Deuil ou perte récente d’un proche - Anxiété liée à un changement d’environnement : hospitalisation récente, déménagement, changement d’auxiliaire
- Troubles cognitifs (maladie d’Alzheimer, démence …) : la personne peut ne plus reconnaître les aliments, oublier qu’elle n’a pas mangé, ou avoir perdu la sensation de faim
Causes liées à l'environnement et au contexte social
L’environnement du repas est souvent négligé, alors qu’il est déterminant :
- Isolement et solitude : manger seul·e réduit le plaisir et l’envie de se nourrir
- Manque de convivialité lors des repas
- Environnement inadapté : cuisine difficile d’accès, table mal installée, lumière insuffisante
- Apraxie : difficulté à utiliser les couverts due à des troubles neurologiques
Refus volontaire ou involontaire : une distinction essentielle
C’est la question à poser en premier. Elle change tout à la façon de réagir.
📌 À retenir : Ne jamais interpréter un refus comme un caprice avant d’avoir cherché à en comprendre l’origine.
Que faire face au refus alimentaire ? Les étapes concrètes
Étape 1 : Observer sans juger
Prenez du recul et observez. Notez avec précision (date, heure, contexte, aliment refusé, comportement de la personne). Ces observations seront précieuses pour les professionnels de santé.
- Est-ce systématique ?
- À certains moments de la journée ?
- Pour certains aliments seulement ?
Étape 2 : Engager le dialogue avec bienveillance
- « Comment vous sentez-vous en ce moment ? »
- « Est-ce que quelque chose vous fait mal ? »
- « Avez-vous envie d’autre chose ? »
Ne forcez jamais. Le forçage crée de l’anxiété, renforce le refus et détériore la relation de confiance.
Étape 3 : Adapter ce qui peut l'être immédiatement
Sans attendre, plusieurs ajustements simples peuvent changer la situation :
- Proposer plusieurs choix d’aliments en respectant les préférences de la personne
- Fractionner les repas en petites portions servies à intervalles réguliers
- Enrichir les plats en calories sans augmenter le volume (beurre, fromage râpé, jaune d’œuf, crème)
- Soigner la présentation et l’ambiance du repas (nappe, convivialité, musique douce)
- Respecter les rythmes et habitudes alimentaires de la personne
Étape 4 : Alerter sans attendre si le refus persiste
- Votre coordinateur ou responsable de structure
- La famille ou les proches de la personne accompagnée
- Le médecin traitant, qui pourra prescrire un bilan nutritionnel, un bilan bucco-dentaire, ou orienter vers un spécialiste (diététicien·ne, psychologue, orthophoniste)
Adapter l'accompagnement selon la situation
En cas de syndrome de glissement
En cas de troubles cognitifs (Alzheimer, démence)
Les personnes atteintes de démence peuvent oublier de manger, ne plus reconnaître les aliments, ou avoir perdu la notion de faim. Quelques adaptations spécifiques :
- Guidez verbalement et gestuellement chaque étape du repas, une action à la fois
- Limitez les distractions visuelles et sonores pendant les repas
- Proposez des aliments que la personne peut manger avec les doigts (finger food) : morceaux de fromage, boulettes de viande, quartiers de fruits
- Installez une routine stable avec des horaires fixes
- Restez calme et rassurant·e en toute circonstance, même si le repas se passe mal
📌 La dénutrition d’une personne âgée ne doit pas être prise à la légère. Nous vous expliquons en détails comment la repérer et comment l’éviter ici.
Questions fréquentes : comment réagir face au refus alimentaire d'une personne âgée ?
Un refus alimentaire d'une personne âgée ponctuel est-il grave ?
Un repas sauté ou une journée avec peu d’appétit peut arriver à tout âge et n’est pas forcément inquiétant. C’est la répétition et la durée qui doivent alerter. Si le refus persiste plus de 48 à 72 heures, ou s’accompagne d’une faiblesse visible, consultez un médecin.
Peut-on forcer une personne âgée à manger pour éviter la dénutrition ?
Comment savoir une personne âgée qui refuse de manger cache une dépression ?
D’autres signes accompagnent généralement un syndrome dépressif : repli sur soi, tristesse, larmes, manque d’intérêt pour les activités habituelles, troubles du sommeil. Si vous observez plusieurs de ces signaux en plus du refus alimentaire, signalez-le au médecin traitant rapidement.
Comment enrichir un repas d'une personne âgée sans augmenter la quantité ?
Ajoutez à chaque plat des aliments riches en calories et en protéines : une noix de beurre, du fromage râpé, un jaune d’œuf, de la poudre de lait, de la crème fraîche. Ces « enrichisseurs » sont invisibles dans l’assiette mais augmentent significativement l’apport nutritionnel. Des recettes très simples pour enrichir les repas facilement sont dispoibles dans notre formation.
Pour aller plus loin ...
Nous avons regroupé toutes les informations à connaître pour accompagner au mieux une personne âgée dans les moments du repas dans un parcours de 30 vidéos courtes et pédagogiques.
Avec ce parcours vidéos, vous serez capable de :
tout connaître sur l’équilibre alimentaire et comprendre les familles d’aliments pour donner de l’énergie et protéger votre santé (coeur, muscles, mémoires) et celle des personnes que vous accompagnez.
- repérer les signaux d’alerte de la dénutrition chez une personne âgée, prévenir la perte de poids et savoir comment enrichir l’alimentation simplement.
- différencier les différents régimes alimentaires (diabète, régime hypercalorique ou pauvre en fibres…) pour adapter l’assiette sans risque.
- d’agir avec confiance dans les situations complexes : maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson, refus alimentaire, apraxie.
- de cuisiner des recettes simples et équilibrée ou enrichie pour faire (se) faire plaisir et retrouver la joie de bien manger.
Ce que vous allez découvrir :