Vocation Auxiliaire

Qu’est-ce que la dénutrition chez la personne âgée ? Comment la repérer ? et comment l’éviter ?

La dénutrition touche aujourd’hui une personne âgée sur trois à domicile. Et cette maladie, malgré ses conséquences très graves, passe trop souvent inaperçue.

La dénutrition fragilise gravement la santé des personnes qui en sont atteintes : affaiblissement physique, chutes, infections, perte d’autonomie. Un véritable cercle vicieux va se mettre en place, menant si rien n’est fait, à un décès prématuré.

Comprendre la dénutrition, savoir en identifier les signaux d’alerte et connaître les actions concrètes à mettre en place vous permet de jouer un rôle déterminant dans la prévention et le bien-être des personnes que vous accompagnez.

Qu'est-ce que la dénutrition chez les personnes âgées ?

La dénutrition se définit comme une perte de poids involontaire, accompagnée d’une diminution de la masse musculaire et de la force physique, qui fragilise durablement la santé de la personne âgée. Elle résulte d’un déséquilibre entre les apports nutritionnels et les besoins du corps.

À domicile, la dénutrition progresse souvent de manière insidieuse, sans que la personne ou son entourage en prennent immédiatement conscience. C’est pourquoi votre observation, celles des aidants professionnels ou familiaux, est essentielle.

Les conséquences graves de la dénutrition

La dénutrition n’est pas une simple perte d’appétit passagère. Ses impacts sont multiples et peuvent rapidement aggraver l’état de santé global :
 
  • Affaiblissement physique : fatigue intense, perte de force musculaire, difficultés à marcher ou à monter les escaliers
  • Risque accru de chutes et de fractures : fragilité osseuse et musculaire
  • Diminution des défenses immunitaires : infections plus fréquentes et difficiles à soigner
  • Baisse de moral et dépression : isolement, tristesse, perte d’envie
  • Aggravation des maladies chroniques existantes (diabète, insuffisance cardiaque, etc.)
  • Perte d’autonomie progressive, pouvant mener à la dépendance

Quels sont les signes d'alerte de la dénutrition ?

Si vous êtes auxiliaire de vie, professionnel de l’accompagnement ou proche aidant, vous avez une position privilégiée pour observer les changements subtils qui peuvent signaler une dénutrition naissante. Soyez attentif·ve à ces signaux d’alerte :

Signes physiques visibles

  • Perte de poids rapide : 3 kg en un mois ou 5 kg en trois mois
  • Vêtements qui flottent, ceinture resserrée d’un ou plusieurs crans
  • Alliance qui tourne au doigt, bijoux devenus trop grands
  • Visage creusé, pommettes saillantes, peau terne
  • Fatigue inhabituelle, manque d’énergie pour les gestes du quotidien

Signes comportementaux

  • Perte d’appétit marquée et durable
  • Refus alimentaire : évitement des repas, excuses répétées pour ne pas manger
  • Sorties de table anticipées, repas expédiés
  • Manque d’enthousiasme face aux aliments préférés
  • Isolement au moment des repas, tristesse

Signes environnementaux

  • Nourriture périmée ou non consommée dans le réfrigérateur
  • Assiettes laissées à moitié pleines de manière répétée
  • Difficultés pour utiliser les couverts (tremblements, apraxie)
  • Dentition défaillante : prothèses mal ajustées, douleurs dentaires

Pourquoi les personnes âgées sont-elles particulièrement exposées ?

Plusieurs facteurs rendent les personnes âgées vulnérables à la dénutrition. Comprendre ces causes vous aide à adapter votre accompagnement.

Causes physiologiques

  • Douleurs dentaires ou bucales : caries, mycoses, prothèses inadaptées qui rendent la mastication douloureuse
  • Troubles de la déglutition (dysphagie) : difficultés à avaler, peur de s’étouffer
  • Effets secondaires des médicaments : nausées, perte du goût, sécheresse buccale
  • Constipation chronique qui coupe l’appétit
  • Diminution naturelle de la sensation de faim avec l’âge

Causes psychologiques et émotionnelles

  • Syndrome dépressif : perte d’intérêt pour la nourriture et pour la vie en général
  • Syndrome de glissement : repli sur soi, perte d’envie de vivre
  • Anxiété et stress liés à un changement d’environnement (déménagement, hospitalisation récente)
  • Deuil ou perte récente d’un proche
  • Troubles cognitifs (maladie d’Alzheimer, démence) qui altèrent la perception de la faim et de la soif

Causes sociales et environnementales

  • Isolement et solitude : manger seul·e réduit le plaisir du repas
  • Difficultés financières : impossibilité d’acheter des produits frais et variés
  • Manque de mobilité : difficultés pour faire les courses
  • Environnement inadapté : cuisine trop complexe à utiliser, difficultés d’accès

Comment prévenir la dénutrition au quotidien ?

Voici des pratiques concrètes à mettre en place lors de vos interventions et accompagnements.

Observer avec bienveillance

  • Surveillez régulièrement le poids : une pesée mensuelle permet de détecter rapidement une perte
  • Notez les changements : vêtements trop larges, fatigue inhabituelle, manque d’appétit
  • Documentez vos observations (date, heure, faits) pour faciliter le suivi et l’alerte
  • Restez à l’écoute des plaintes de la personne : douleurs en mangeant, difficultés à avaler

Stimuler l'appétit

  • Valorisez les odeurs de cuisine : cuisinez avec la personne quand c’est possible, laissez les arômes se diffuser
  • Soignez la présentation : variez les couleurs, rendez l’assiette attractive
  • Impliquez la personne : épluchage d’une pomme, mélange d’une sauce, choix du menu
  • Respectez les goûts et préférences : servez des aliments que la personne aime
  • Adaptez les textures si nécessaire (mouliné, haché, enrichi)
     

Fractionner et enrichir

  • Proposez plusieurs petites collations tout au long de la journée plutôt que trois gros repas
  • Enrichissez les plats : ajoutez crème fraîche, beurre, fromage râpé, œufs, poudre de lait
  • Privilégiez les aliments riches : avocat, poissons gras, fruits secs, yaourts entiers
  • Servez des portions raisonnables pour ne pas décourager, quitte à resservir

Que faire en cas de signes de dénutrition : agir étape par étape

Lorsque vous constatez des signes de dénutrition, vous devez agir rapidement et méthodiquement.

Étape 1 : Observer et documenter

Notez précisément vos observations : date, perte de poids estimée, comportements alimentaires, signes physiques. Ces informations seront précieuses pour les professionnels de santé

Étape 2 : Dialoguer avec la personne -

Échangez avec bienveillance sur ce que vous avez remarqué. Certaines personnes minimisent la situation ou ne se rendent pas compte de leur perte de poids. Posez des questions ouvertes : « Comment vous sentez-vous en ce moment ? », « Avez-vous remarqué des changements dans votre appétit ? »

Étape 3 : Alerter l'équipe et les proches

Ne restez jamais seul·e face à une situation de dénutrition. Informez immédiatement :
  • Le coordinateur ou responsable de votre structure
  • La famille ou les proches de la personne accompagnée
  • Le médecin traitant qui pourra prescrire un bilan nutritionnel et des compléments si nécessaire

Étape 4 : Adapter l'accompagnement

En attendant l’intervention des professionnels de santé :
  • Enrichissez les repas avec des aliments caloriques et protéinés
  • Fractionnez l’alimentation en petites portions régulières
  • Renforcez la convivialité et l’attention lors des repas
  • Soyez patient·e et encourageant·e sans forcer

Les situations complexes : refus alimentaire et troubles cognitifs

Le refus alimentaire persistant

Le refus de s’alimenter peut avoir des causes multiples (douleur, dépression, troubles cognitifs). Face à un refus persistant depuis plus d’une semaine, l’alerte doit être immédiate. Une prise en charge médicale rapide peut éviter une hospitalisation.

Stratégies d'accompagnement :

  • Ne forcez jamais : le forçage crée de l’anxiété et renforce le refus
  • Proposez plusieurs choix d’aliments
  • Respectez les rythmes et préférences de la personne
  • Faites appel à un·e diététicien·ne ou un psychologue si nécessaire

L'accompagnement des personnes atteintes de troubles cognitifs

Les personnes atteintes de démence ou d’Alzheimer peuvent oublier de manger, ne plus reconnaître les aliments ou avoir perdu la notion de faim

Adaptations spécifiques :

  • Guidez verbalement et gestuellement chaque étape du repas
  • Limitez les distractions visuelles et sonores
  • Proposez des aliments qu’elles peuvent manger avec les doigts (finger food)
  • Installez une routine stable avec des horaires fixes
  • Restez calme et rassurant·e en toute circonstance

Questions fréquentes : la dénutrition chez la personne âgée, comment réagir et agir ?

À partir de quelle perte de poids parle-t-on de dénutrition ?

On parle de dénutrition lorsqu’une personne âgée perd 3 kg en un mois ou 5 kg en trois mois de manière involontaire. Cette perte de poids s’accompagne d’une diminution de la masse musculaire et de la force physique.

Oui, la dénutrition peut être traitée à domicile dans la plupart des cas, à condition d’être détectée tôt. Le traitement repose sur une alimentation enrichie, diversifiée et fractionnée, souvent complétée par des compléments nutritionnels prescrits par un médecin. L’accompagnement bienveillant d’une auxiliaire de vie, formée à la nutrition, est essentiel pour encourager la personne à manger

Pour enrichir un repas, ajoutez des aliments riches en calories et en protéines : crème fraîche, beurre, fromage râpé, jaune d’œuf, poudre de lait, huiles végétales. Privilégiez aussi les aliments naturellement riches comme l’avocat, les poissons gras (saumon, maquereau), les fruits secs, les yaourts entiers et les purées d’oléagineux (amande, noisette)

Face à un refus alimentaire persistant, ne restez jamais seul·e. Alertez immédiatement le coordinateur de votre structure, la famille et le médecin traitant. Le refus peut cacher une douleur, une dépression ou un trouble de la déglutition qui nécessitent une prise en charge médicale rapide.

Si vous voulez aller plus loin ...

Nous avons regroupé toutes les informations à connaître pour accompagner au mieux une personne âgée dans les moments du repas dans un parcours de 30 vidéos courtes et pédagogiques.

Avec ce parcours vidéos, vous serez capable de :

  • tout connaître sur l’équilibre alimentaire et comprendre les familles d’aliments pour donner de l’énergie et protéger votre santé (coeur, muscles, mémoires) et celle des personnes que vous accompagnez.
 
  • repérer les signaux d’alerte de la dénutrition chez une personne âgée, prévenir la perte de poids et savoir comment enrichir l’alimentation simplement.
 
  •  différencier les différents régimes alimentaires (diabète, régime hypercalorique ou pauvre en fibres…) pour adapter l’assiette sans risque.
 
  • d’agir avec confiance dans les situations complexes : maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson, refus alimentaire, apraxie.
 
  • de cuisiner des recettes simples et équilibrée ou enrichie pour faire (se) faire plaisir et retrouver la joie de bien manger.
 
  • de connaître toutes les astuces pour gagner du temps en cuisine, cuisiner malin et toujours bien manger.

 

Ce que vous allez découvrir :

✅ 30 vidéos
✅ 30 quiz ludiques
✅ des ressources additionnelles pour faire du repas, un moment de plaisir et de soin.
 
 
À regarder quand vous voulez et autant de fois que vous voulez pendant 6 mois.

Le sujet de la dénutrition chez la personne âgée vous intéresse ?

Nous vous invitons à consulter le site du collectif de lutte contre la dénutrition et cet article sur la dénutrition à partir de 75 ans.

la dénutrition chez les personnes âgées